La Révolution tranquille fut lancée par l'élection du gouvernement Lesage, dont le slogan en 1960 était "Il est temps que ça change" et en 1962 : "Maîtres chez nous".
En 1960, le gouvernement Lesage entama une très vaste et ambitieuse série de réformes, dans les domaines de la politique sociale, de l'éducation, de la santé, du développement économique. René Lévesque convainquit Lesage de rallier Eric Kierans qui permit le développement financier du Québec au service de la majorité, notamment de la Caisse de dépôt.
Il ne faut pas oublier non plus l'enjeu principal de la campagne de 1962, la nationalisation de la production électrique : celle-ci était entre les mains d'un oligopole anglais dont étaient exclus tous les non-WASPs, donc les Canadiens français. En nationalisant le secteur dans Hydro-Québec, l'initiative de Lévesque permit un essor formidable de l'économie québécoise mais aussi d'accession des Québécois à des carrières qui leur étaient jusque-là presque inaccessibles.
La modernisation et l'émancipation du Québec raviva l'idée de l'indépendance et le mouvement souverainiste prit corps. Ces revendications indépendantistes se firent plus nombreuses et une Maison Québécoise ouvrit ses portes à Paris en 1961, faisant office de Délégation officielle. Ce mouvement prit une ampleur sans précédent dans la seconde moitié des années 60, les revendications indépendantistes se faisant largement entendre et s'organisant sous des formes diverses, comme le Rassemblement pour l'indépendance nationale qui lança le slogan : « le Québec libre ».
Le 23 juillet 1967, le Général Charles de Gaulle débarqua à Québec en provenance d'un navire de guerre français pour un voyage de quelques jours au Québec. C'était la première visite officielle d'un chef d'Etat français dans l'ancienne colonie. Ces retrouvailles symboliques franco-québécoises étaient hautement importantes pour les deux pays, bien qu'avec de grandes réserves de la part du gouvernement anglophone canadien. De Gaulle prononça un discours dans la ville de Québec, dans lequel il insistait sur l'identité commune des Français et des Canadiens francophones. Le lendemain, il emprunta le Chemin du Roy qui relie la ville de Québec de celle de Montréal.
À chaque étape, il fut salué comme un libérateur par une foule qui agitait des pancartes sur lesquelles était inscrit : "France libre", "Québec libre", "Vive le Canada français !". Arrivé à Montréal, il fut reçu par le maire, Jean Drapeau, et s'adressa du balcon de l'hôtel de ville à une foule débordante d'enthousiasme, terminant son discours par les mots célèbres : « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec... libre ! Vive le Canada français et vive la France ! ». Selon l'anecdote, rapportée dans les mémoires de ses principaux collaborateurs mais également de son fils (l'amiral Philippe de Gaulle), il n'était pas prévu par les autorités montréalaises que le Général s'adressât à la foule, au contraire le maire avait prévu une très conventionnelle adresse aux notables dans une simple salle de réception.
Quelque peu étonné par le caractère étroit de ce programme, alors que la population réclamait que le Général puisse s'adresser à elle, De Gaulle vit aperçut alors un micro du balcon qui n'avait pas été débranché, et il prit alors l'initiative de s'adresser directement aux Montréalais rassemblés devant l'hôtel de ville, à la stupeur du maire qui aurait voulu "cantonner" le général à une petite réception mondaine ... C'était mal connaître le général de Gaulle ! La célèbre phrase "Vive le Québec libre" prononcée à cette occasion par le général à la fin de son discours, n'était pas, contrairement à une lecture étroite qui en fut faite à l'époque, un appel au soulèvement du Québec ou à l'indépendance politique. Il s'agissait, de l'aveu même du général de Gaulle quelques mois plus tard, d'un geste plus destiné à saluer l'effort immense de modernisation économique et sociale entrepris à l'époque, par le gouvernement de l'Union nationale de son ami le Premier ministre Daniel Johnson (et son prédécesseur du gouvernement Libéral Jean Lesage) lors de la Révolution tranquille.
D'autre part, le général de Gaulle, expert en politique internationale et fort de sa propre expérience, avait pleinement conscience du fait qu'un appel de ce genre contriburait à faire connaître le Québec hors du Canada et en particulier le caractère francophone de cette province canadienne, négligé par les autorités fédérales de l'époque : "cela fit gagner 10 ans au Québec" écrivit-il plus tard. Au Québec même, personne ne s'y est trompé, puisqu'autant les opposants que les soutiens de cette déclaration furent d'accord pour reconnaître son impact immense, à commencer par le rédacteur en chef fédéraliste du grand quotidien montréalais Le Devoir, Claude Ryan, qui dans un célèbre éditorial écrivait que le général de Gaulle venait d'inscrire le Québec sur la carte du monde.
En revanche, les Canadiens anglophones et notamment le gouvernement fédéral d'Ottawa, furent choqués par cette déclaration prise au premier degré, pensant que le général de Gaulle appelait à l'indépendance du Québec. Le général n'allait pas s'abaisser à de telles polémiques, il décida de quitter directement le Québec après ce voyage triomphal, sans passer par Ottawa qui était normalement l'étape finale de son séjour canadien. Plus symboliquement, le général de Gaulle reconnut que cette déclaration, par son impact indéniable sur la reconnaissance internationale du Québec comme entité linguistique et sociologique distincte, venait effacer la dette de la France à l'égard du Québec qui était représentée par l'abandon de la Nouvelle-France par la mère-patrie en 1760.


René Lévesque le soir de l'élection de 1973

Un groupe extrémiste, le Front de Libération du Québec (FLQ) avait eu recours depuis le début des années 1960 à des attentats terroristes sur le sol québécois contre plusieurs intérêts canadiens et symboles du Royaume-Uni. Le climat social de la fin des années 1960 dégénéra en fréquentes manifestations ouvrières et parfois en émeutes. En octobre 1970, le FLQ enleva un diplomate britannique, James Cross, puis un ministre du gouvernement québécois, Pierre Laporte, qui fut assassiné dans des circonstances nébuleuses.
Cet assassinat survint au lendemain de l'intervention de l'armée canadienne dans les rues mêmes de Montréal, à la demande du premier ministre Robert Bourassa et du maire de Montréal Jean Drapeau prétextant une insurrection appréhendée. Plus de 500 leaders d'opinions québécois furent arrêtés, parmi lesquels des syndicalistes, des artistes et des étudiants. Trudeau, qui avait tant critiqué Duplessis, ne se montrait guère plus démocrate que lui, et guère moins chef autoritaire.
Des commissions d'enquête subséquentes (entreprises par la Gendarmerie royale du Canada et le juge Keable) conclurent que l'action du gouvernements fédéral, illégale sur le plan moral, visait essentiellement à rallier l'opinion publique et à abattre une opposition légitime plutôt qu'à réprimer une insurrection appréhendée. Ces événements marquèrent la fin de l'extrémisme au sein du mouvement indépendantiste, d'ailleurs vigoureusement rejeté par nul autre que René Lévesque (ami de Laporte qui perdit la vie dans cet épisode malheureux).
René Lévesque le soir de l'élection de 1973C'est en 1968 que se forma le Parti québécois, parti souverainiste dirigé par René Lévesque. Ce parti gagna les élections provinciales de 1976 et instaura une série de lois faisant la promotion et la défense de la langue française. C'est avec la mise en place de la Charte de la langue française dite Loi 101 que le français devint la langue officielle du Québec en 1977. Cela instaurait le français comme langue de l'école publique comme l'anglais dans les autres provinces du Dominion, et instaurait le droit des travailleurs à travailler en français dans les entreprises de 50 employés et plus. Du côté polémique, l'opinion médiatique canadienne-anglaise retint surtout l'affichage français obligatoire, révolution visuelle qui concentra les antagonismes.
En 1980, le projet de René Lévesque de souveraineté-association fut appuyé par 40% de la population lors d'un référendum. Le gouvernement canadien de Pierre Elliott Trudeau rapatria de façon autoritaire la constitution en 1982 avec, sur avis de la Cour suprême, l'accord d'une forte majorité des provinces, mais sans l'appui du Québec, le gouvernement du Québec ne devint donc pas partie à la constitution, suite aux événements controversés de la Nuit des longs couteaux.
La Constitution canadienne fut ainsi modifiée selon les désirs de Trudeau mais sans la moindre consultation de la population, ni du Québec, ni du Canada. Le Québec subit alors une diminution de l'autonomie provinciale et ne reconnaît toujours pas cette constitution, bien que ses gouvernements aient abandonné le geste de protestation du gouvernement Lévesque qui consistait à passer chacune des nouvelles lois québécoises en invoquant la clause dérogatoire (ou "nonobstant"). Lévesque se tourna toutefois vers un espoir de réforme dit du "beau risque" avec l'élection des conservateurs de l'irlando-québécois Mulroney à Ottawa en 1984.
De 1985 à 1994, le Parti libéral du Québec gouverna le Québec sous Robert Bourassa et Daniel Johnson. La problématique constitutionnelle fut une fois de plus discutée et un consensus fut approuvé avec l'accord du lac Meech en (1987). Cependant, celui-ci s'effondra en 1990 : l'opinion canadienne-anglaise, fortement attisée par Trudeau, rejetait la reconnaissance du Québec comme "société distincte".
Cette réaction émotive avait en partie été attisée par l'utilisation de la clause nonobstant par Robert Bourassa. Une troisième entente, l'Accord de Charlottetown, qui devait préciser juridiquement le statut du Québec dans le Canada, fut rejetée par un référendum pancanadien et un référendum québécois en 1992 pour des raisons opposées : pas assez d'autonomie au Québec, trop aux yeux des Canadians.
Le Parti québécois, mené par Jacques Parizeau, revint au pouvoir en 1994 avec la promesse de tenir un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec. Tenu le 30 octobre 1995, ce référendum vit la proposition souverainiste rejetée à 50,6 %. Jacques Parizeau quitta le poste de premier ministre le 29 janvier 1996 et fut remplacé par le chef du Bloc québécois fédéral, Lucien Bouchard.
Bouchard et son successeur péquiste, Bernard Landry, laissèrent de côté l'accession à la souveraineté, privilégiant l'assainissement des finances publiques, la dette québécoise n'ayant cessé de croître ces dernières années. Il connut un certain succès sur ce front.